Français, anglais, franglais et bilinguisme à Ottawa

Depuis 2002,  Ottawa et toute la région de la capitale est bilingue. Si l’anglais est la langue par défaut, le français a bien sa place ici.

Dans la rue

Le bilinguisme est présent à tous les coins de rue, au sens propre comme au figuré : les panneaux qui indiquent le nom des rues sont bilingues et jouent habilement avec l’inversion des mots entre l’anglais et le français. Ainsi, sur le panneau indiquant la rue Elgin, on va pouvoir lire « Rue Elgin Street ». La rue s’appelle bien « Elgin », et non « Elgin Street ». Par contre la traduction a été le plus souvent limitée aux mots désignant le type d’artère. Ainsi Queen Street n’est pas la rue de la reine mais reste la rue Queen. La First Avenue s’appelle Avenue First. Parfois les deux versions sont inscrites sur le panneau, comme le boulevard de la Confédération.

Elgin/Queen

Je dirai que dans l’espace public, 99 % des textes sont traduits. C’est d’ailleurs assez intéressant de voir comment les jeux de mots sont transposés d’une langue à l’autre, comment il a fallu jouer avec l’espace occupé par les textes qui n’ont pas forcément la même longueur, le français étant légèrement plus long et l’anglais plus concis.

Le français d’ici et d’ailleurs

Les anglophones parlent souvent de « Parisian French » (français parisien) pour désigner le français parlé en France. Ça doit être moins bizarre que de dire « French French » (terme que j’emploie cependant), tandis que « European French » serait légèrement insultant pour nos amis belges, luxembourgeois et suisses.

J’aime beaucoup découvrir les petites différences entre les deux façons de parler la même langue. Ça peut occasionner de gros fous rires ou de longues discussion sur le pourquoi du comment, notamment avec ma colocataire québécoise. Certains mots ne s’emploient pas pour désigner la même chose selon que l’on se trouve à l’ouest ou à l’est de l’Atlantique. Par exemple, un cartable en québécois, c’est un classeur en France ; un classeur au Québec, c’est une armoire de classement. Dans un tout autre registre, une foufoune au Québec, c’est une manière enfantine de désigner les fesses. Si un homme parle de ses gosses, il ne s’agit pas de ses enfants mais bien de ses testicules. Et pour coller à la saison, l’hiver canadien nous obligera à porter foulards et mitaines, c’est-à-dire écharpes et gants pour les Français. C’est ben l’fun tout ça, pis j’espère que vous capotez pas vous autres.

Franglais

Le français québécois est assez ambigu dans son rapport à l’anglais. Beaucoup de mots sont traduits en français pour éviter les anglicismes. Par exemple les panneaux STOP sont devenus ARRÊT (cet article n’est pas sponsorisé par la signalisation routière).

La prononciation anglaise des mots anglais est souvent perçue comme du snobisme en France alors qu’ici c’est normal (en même temps ils sont entourés d’anglophones). Et c’est bien, agréable à l’oreille, mais pas forcément facile à adopter. Personnellement je dis toujours « tupèrouare » mais j’ai bon espoir de passer à [ˈtʌpərwɛər] un jour, comme ma coloc. Sinon je parle de boîtes et j’ai moins honte.

Et surtout, si l’on va à Gatineau, on n’oublie pas de parler en français parce que c’est au Québec (ceci était une note à moi-même).

2 Commentaires

  • Répondre lair_co 21 février 2016 à 10 h 30 min

    Je trouve ça vraiment chouette qu’une langue même supposée similaire possède ses particularités. C’est aussi le cas de l’anglais selon les pays, et ça reflète vraiment l’idée qu’une langue c’est ceux qui l’utilisent qui font qu’elle devient ce qu’elle est. J’aime bien 🙂
    Après le revers c’est qu’il y a une espèce de hiérarchie et de course à qui parle vraie langue, et ça … Grrr.

    Mais du coup au quotidien les gens parlent beaucoup français à Ottawa ou c’est plutôt « environnemental » et institutionnel ?

    • Répondre Cécile 22 février 2016 à 1 h 47 min

      Parfaitement d’accord avec toi !
      Ici la plupart des gens comprennent le français et le parlent un peu, mais il y a quand même une majorité d’anglophones.

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