Mon pays et mon corps.

Histoires expatriées : mon corps au Canada

Je n’aurais jamais pensé aborder ici le rapport que j’ai avec mon corps au Canada. C’est le thème du mois des Histoires expatriées et j’ai décidé de relever ce défi.

Au début je me suis dit que c’était un sujet bien trop délicat et sensible pour moi. L’écriture de cet article m’a finalement démontré le contraire. Beaucoup de choses ont changé de manière positive au Canada.

Préambule capillaire

Après des années avec des cheveux longs (voire très longs) et raides, mon premier été à Toronto a vu l’apparition de quelques mystérieuses et disparates boucles, probablement à cause de l’humidité. On aurait dit le signal que j’attendais depuis plusieurs mois : le moment de passer au carré. J’avais envie de changement et j’ai adoré avoir les cheveux aussi courts !

Cependant, je n’ai jamais autant fréquenté les salons de coiffure qu’au cours des douze mois qui ont suivi. Les coupes ne me plaisaient pas trop, mes cheveux rebiquaient n’importe comment et j’en suis arrivée au point où je regrettais un peu de les avoir coupés. Alors finalement j’ai décidé de retourner à ma chevelure longue d’auparavant, peu importe le temps que cela prendra. J’en profite aussi pour apprendre à apprécier ces étranges boucles.

Mon corps au Canada.
J’ai aussi fait don de cette mèche

La longue route vers la réconciliation

Je ne vais pas tergiverser : je n’ai pas grandi en ayant une vision très positive de mon corps et je traîne des complexes depuis plus de 15 ans. Certains sont particulièrement coriaces et persistants. Aujourd’hui, je dirais que j’ai un rapport plutôt neutre avec mon corps et que je me suis en partie réconciliée avec.

Cependant, il arrive encore qu’on ne soit pas du tout en phase lui et moi, même si je note que c’est de moins en moins fréquentLe hasard a fait que je me trouvais au Canada lorsque j’ai commencé à me défaire de certains complexes. Certains jours sont marqués à jamais dans mon esprit comme « ce jour où j’ai enfin réussi à… ». Mais la route est longue et semée d’embûches : diktats, poids des normes et douleurs du passé ne sont jamais bien loin et en profitent régulièrement pour tenter d’affaiblir mes maigres progrès.

Le négatif obscurcit facilement et rapidement l’esprit. Ces dernières années, j’ai appris peu à peu à remarquer le positif. D’abord et avant tout, j’ai un corps qui fonctionne bien et j’en suis heureuse. Je n’ai pas de gros problème de santé physique et je tombe peu malade. J’ai vécu ma première vraie grippe en décembre 2017 et je dois avoir grand maximum trois rhumes par an (le dernier datant de juillet, merci la clim’). D’ailleurs, une maladie grave aurait sérieusement compromis mon séjour au Canada, sans parler de ma demande de résidence permanente. Alors notons-le : merci cher corps de me permettre d’être ici !

Un peu de sérénité

J’ai envie de terminer sur une note positive et bienveillante avec trois choses qui ont eu un impact positif sur mon rapport à mon corps.

On commence avec les règles, un sujet intime, tabou pour certaines personnes, mais que je ne veux pas ignorer dans cet article. C’est au Canada que j’ai commencé à utiliser une coupe menstruelle. Ce changement a complètement bouleversé la façon dont je vis mes règles. Parfois j’oublie juste qu’elles sont là et je n’angoisse plus parce que je n’ai pas pensé à prendre des protections avec moi. Mon état d’esprit chaque mois est beaucoup plus serein et apaisé.

Ensuite, j’ai remarqué qu’être végane m’avait ouvert les yeux sur plein de choses. Par rapport à ma santé, j’ai réfléchi à ce que j’avais envie de mettre (ou pas) dans mon corps et j’ai aussi commencer à observer comment il réagit selon les aliments. Et pour aller encore plus loin dans mes réflexions, et un peu parce que me prendre la tête est l’une de mes activités favorites, je me renseigne de plus en plus sur ce que je mets sur mon corps : les produits cosmétiques bien sûr, mais aussi les vêtements (tissus et teintures). C’est complexe et peut-être ambitieux, mais j’ai décidé d’y aller à mon rythme.

Et puis il y a un peu plus d’un an, je me suis offert mon premier tatouage. Une manière pour moi d’avoir un pouvoir de décision sur ce corps avec lequel j’ai encore, parfois, tant de mal à coexister. Une manière aussi de l’apprivoiser et d’encrer une petite réconciliation.

Mon pays et mon corps.
Mon premier tatouage, réalisé par Kat Gomboc

Peut-être qu’un jour j’écrirai sur le corps des autres et les différences entre la France et le Canada en termes d’images corporelles. Est-ce qu’on dirait le titre d’un essai ?

Logo des Histoires expatriées.

*** Cet article participe au RDV #HistoiresExpatriées organisé par le blog L’occhio di Lucie. Le thème du mois a été suggéré par Maëva du blog Maëva’s Mapa Mundi. ***

14 Commentaires

  • Répondre Mon Corps vu du Sri Lanka et de Finlande (Histoire d'Expatriées) • On my tree 15 août 2018 à 12 h 55 min

    […] Analepses Vagabondes – Canada […]

  • Répondre Maëva's Mapa Mundi 15 août 2018 à 16 h 55 min

    J’aime beaucoup ton approche du sujet! ça t’as fait une belle coupe dis donc. J’adore ton style de tatouage et j’ai aussi réalisé pleins de choses avec le veganisme. J’utilise aussi la cup depuis peu c’est un changement!

    • Répondre Cécile 16 août 2018 à 17 h 43 min

      Ah oui, mes cheveux arrivaient en bas du dos, le changement a été radical !
      Merci pour ton commentaire, ça me fait super plaisir de savoir qu’on partage des points communs !

  • Répondre Eva 15 août 2018 à 17 h 31 min

    La cup…. je l’ai acheté avant ma grossesse, soit il y a 5 ans, mais depuis elle traîne dans mon tiroir. Je n’ai pas encore osé passer le cap,j’ai toujours repoussé aux prochaines règles. Il serait temps que je m’y mette ! ><
    C'est bien d'avoir fait don de tes cheveux ! 🙂 joli tatouage aussi !

    • Répondre Cécile 16 août 2018 à 17 h 41 min

      Oh je comprends tout à fait, il m’a fallu attendre 3 ans entre le premier essai raté et le moment où je me suis dit qu’il fallait que je l’utilise et où j’y suis arrivée. Ça prend beaucoup de mental en fait 🙂 J’espère que tu y arriveras mais il ne faut pas se mettre la pression non plus 🙂
      Et merci ☺️

  • Répondre Mon pays et mon corps #HistoiresExpatriées – Maëva's Mapa Mundi 15 août 2018 à 18 h 18 min

    […] Cécile nous parle de la relation qu’elle a avec son corps, de cheveux et de menstruations ainsi que son expérience au Canada, à Toronto. […]

  • Répondre Liz 16 août 2018 à 2 h 42 min

    J’adore le tatouage !

    Les cheveux qui changent à cause du climat du pays d’accueil, je comprends tellement ! J’ai les cheveux très bouclés et avant de partir au Koweit j’avais décidé d’arrêter de les lisser. Beaucoup de soins pour avoir de belles anglaises… Arrivée au Koweit, la poussière et la pollution ont eu raison de tous mes efforts et il n’a pas fallu trois semaines pour que je ressorte mon fer à lisser !
    En tous cas, le court te va très bien !

    • Répondre Cécile 16 août 2018 à 17 h 38 min

      Merci pour tes compliments !
      On ne parle pas assez des changements capillaires en cas d’expatriation, c’est scandaleux XD

  • Répondre Gabrielle 16 août 2018 à 5 h 01 min

    <3

  • Répondre Ophélie G. 16 août 2018 à 14 h 15 min

    Team cheveux courts ! J’ai sauté le pas en février cette année pour donner ma crinière et comme toi, j’oscille entre le « j’adore » et les crises de larmes face à mes cheveux perdus.

    Très joli tatouage ! xx

    • Répondre Cécile 16 août 2018 à 17 h 37 min

      Je les refais pousser parce que faire des tresses me manque trop ! Et puis j’ai pas spécialement envie de dépenser des centaines de dollars par an en salons de coiffure… Une amie vient de se faire couper les siens très très courts, j’adore et je me dis qu’un jour il faudra que je tente 🙂
      Et merci pour mon tatouage 🙂

  • Répondre Lucie 19 août 2018 à 7 h 42 min

    Super témoignage, je partage tellement le ressenti sur la cup!! Moi aussi je me suis coupé les cheveux au carré lors de mon erasmus, un truc que j’osais pas en France… comme quoi, il y a surement un truc!

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