Aperçu du système médical en Ontario.

Histoires expatriées : un aperçu du système médical en Ontario

En voyant le thème du mois des Histoires expatriées, je me suis d’abord dit que je n’allais pas avoir grand chose à dire. Que nenni ! Au bout de trois ans au Canada, je peux vous livrer un aperçu du système médical en Ontario.

L’assurance-santé de l’Ontario

Le régime d’assurance-maladie provincial prend en charge certains soins. Appelé Ontario Health Insurance Plan, on le connait surtout sous son acronyme OHIP. En plus de me donner l’impression d’avoir le hoquet à chaque fois que je le prononce à haute voix, il me fait également penser à « oh hisse » (la saucisse).

Les conditions pour en bénéficier sont un peu strictes pour les personnes qui ne sont ni résidentes permanentes, ni citoyennes. On doit fournir la preuve d’un emploi à temps plein d’au moins six mois (l’employeur doit écrire une lettre). C’est très contraignant, surtout dans le cadre d’un PVT. Et puis si la lettre fournie ne remplie pas exactement les conditions indiquées par la province, l’inscription est rejetée. Par exemple, une fois ma lettre indiquait que je travaillais 37,5 heures par semaine. Mon inscription a été rejetée parce qu’il fallait mentionner « à temps plein ». Ceci dit, j’ai pu redemander une lettre à l’agence qui m’employait, refaire une demande pour l’OHIP, et cette histoire s’est bien finie.

Une fois que l’on obtient sa carte Santé, les rendez-vous chez les généralistes sont directement pris en charge par l’Ontario. Plus besoin de payer 90 $ (environ 60 €) ! Imaginez un peu ma joie. Certains tests médicaux, les avortements, ainsi que les visites et soins d’urgence sont également couverts. Je déplore l’absence de prise en charge de la contraception, une dépense onéreuse dont on n’a pas forcément envie de se passer.

Aperçu du système médical en Ontario.

Le cabinet médical de ma djipi

C’est pratique d’avoir un ou une médecin généraliste (le « djipi », en bon anglais « GP » pour general practitioner). J’ai une GP depuis un peu presque deux ans et je l’aime beaucoup. Il y a un manque de gynécologues en Ontario (et partout ailleurs dans le monde), les GP sont donc parfois (toujours ?) également formé•es aux actes gynéco de base. J’apprécie le fait d’avoir une seule interlocutrice en qui j’ai confiance, plutôt que de devoir aller voir une autre personne de façon beaucoup plus ponctuelle.

Le cabinet dans lequel elle officie est composé d’une dizaine de petites salles qui ne sont pas attribuées individuellement aux médecins mais en fonction des rendez-vous. Parfois c’est la GP qui vient me chercher en salle d’attente, parfois c’est une infirmière (ou un infirmier) qui m’accompagne jusqu’à une salle, me pose des questions sur la raison de ma visite puis me laisse patienter en attendant que la GP arrive. Parfois on dirait une usine de gens qui attendent.

Points bonus : on peut prendre rendez-vous en ligne (méga pratique) et le cabinet dispose même d’une pharmacie.

La galère des mutuelles

Lorsque l’on est au Canada dans le cadre d’un PVT, il est obligatoire de souscrire à une assurance privée qui couvrira les frais d’urgence. Mais depuis que je suis devenue résidente permanente, je ne bénéficie plus que de la couverture de base de l’OHIP. Les entreprises ont l’obligation de fournir une mutuelle à leurs employées et employés en CDI. Malheureusement pour moi, j’enchaîne les contrats à durées déterminées (la loi ne l’interdit pas en Ontario). Je ne bénéficie donc d’aucuns des avantages proposés par l’entreprise pour laquelle je travaille. Et ça me rend très amère.

J’ai donc récemment bravé mon aversion pour les démarches administratives et ai décidé de souscrire une assurance privée, me disant que c’était plus raisonnable. Les choix sont variés et il faut consacrer plusieurs heures à un comparatif poussé. Les offres basiques n’incluent pas forcément les soins dentaires ou des yeux. Pourtant avoir une bonne vue est un besoin de base pour moi. Le remboursement des médicaments sur ordonnance exclue parfois la contraception orale (je pourrais m’étaler pendant des paragraphes sur tout ce que je trouve injuste vis-à-vis de la contraception). Les frais d’hospitalisation sont en option (moyennant finances, bien entendu). Bref, tout a un coût.

Le coloriage, ça détend.

Les clauses d’exclusion

Pour souscrire une assurance, il faut également passer un entretien médical. En effet, une demande peut-être refusée ou amendée en raison des antécédents médicaux (oui oui). En gros, ne soyez pas trop malade si vous voulez obtenir une mutuelle.

Mon entretien s’est déroulé au téléphone et a duré environ 30 minutes. J’ai dû répondre à plein de questions, parfois un peu dures et déroutantes. Raconter ses problèmes de santé à un parfait inconnu, qui plus est au téléphone, n’est pas chose aisée. Tout est abordé : maladies graves et cancers, ordonnances en cours, activités à risques, santé mentale, consommation d’alcool, de tabac et de drogues, besoins orthopédiques, poids, vue, etc. Chaque réponse affirmative donne lieu à une série de questions détaillées. Une dizaine de jours plus tard, j’ai reçu la confirmation de ma souscription, accompagnée d’une sympathique clause d’exclusion. Je ne serai donc pas prise en charge pour tous les soins liés à mes antécédents médicaux.

Sachant que cela fait six semaines que j’ai entamé mes démarches et que je n’ai toujours pas reçu mon contrat d’assurance, je vais en rester là pour le moment. Je verrai plus tard si je change pour une couverture plus onéreuse (sans certitude concernant la clause d’exclusion) ou si je contacte d’autres assurances. Ou peut-être qu’on m’offrira un CDI d’ici là. L’avantage c’est que je paie au mois, donc je peux annuler à tout moment.

J’ai aussi réalisé que, même en étant en CDD, j’avais le privilège de pouvoir assumer des dépenses de santé. Ce n’est sûrement pas le cas de la majorité des personnes employées sous contrat qui peuvent se retrouver doublement pénalisées par un système que je trouve très injuste. Ça me met en colère.

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*** Cet article participe au RDV #HistoiresExpatriées organisé par le blog L’occhio di Lucie. Le thème du mois a été suggéré par Ferdy du blog Ferdy Pain d’Épice. ***

9 Commentaires

  • Répondre ferdy pain d'épice 15 novembre 2018 à 10 h 06 min

    ah j’ai appris plein de choses – je reste fascinée par ce système n’empêche, nous sommes dans le même pays mais cela n’a rien à voir !
    Toute la partie assurance privé n’a pas l’air d’être simple j’espere juste que tu auras un Permanent Contract très vite, c’est quand même plus facile et je pense moins honereux. Tu as de la chance pour ton GP qui fait en meme temps gyneco… j’ai pas cette chance ici !

    • Répondre Cécile 16 novembre 2018 à 12 h 14 min

      Merci pour ton commentaire !
      Il y a clairement de l’abus du côté des employeurs avec les CDD… je ne perds pas espoir 🙂

  • Répondre Maëlle 16 novembre 2018 à 11 h 56 min

    Salut! effectivement j’avais lu qu’en Ontario c’était plus simple de trouver un médecin traitant… je me demande si ce n’est pas une question de sous… Comme pas mal de chose dans ce domaine d’ailleurs. Les assurances privées sont définitivement hors de prix pour ce qu’elles remboursent…au Québec aussi…

    • Répondre Cécile 16 novembre 2018 à 12 h 16 min

      C’est forcément une histoire d’argent… C’est dommage parce qu’une bonne santé devrait être la base.
      Ça casse un peu le côté « pays de rêves » du Canada !

  • Répondre Perrine 17 novembre 2018 à 0 h 26 min

    Super intéressant ton histoire de mutuelle car je vais en demander une en décembre je pense puisque je change d’emploi et je ne vais rien avoir de mon employeur.

    Je n’ai pas encore de GP mais je te comprends pour les rdv gynéco : je les faisais toujours avec mon médecin de famille qui était formée pour en France, et c’était super! Rassurant et facile.

    • Répondre Cécile 30 novembre 2018 à 17 h 05 min

      J’espère que tu vas trouver une bonne mutuelle ! Je crois que maintenant tout le monde en Ontario doit avoir un-e GP pour bénéficier de la prise en charge par l’OHIP (mais je ne suis pas sûre à 100 %).

  • Répondre #Histoires Expatriées #11 : Le système médical au Japon – QUOTIDIEN D'UNE EXPATRIÉE AU JAPON 17 novembre 2018 à 23 h 03 min

    […] Blog Analepses Vagabondes à Toronto, Ontario, […]

  • Répondre Lair_co 29 novembre 2018 à 15 h 47 min

    Très intéressant à lire !
    Et ça confirme vraiment mes impressions que le fédéralisme c’est quand même encore un moyen de créer des inégalités entre provinces (ici en NWT, apparemment c’est un des meilleurs systèmes de santé du Canada d’après les gens que j’ai rencontré ici), et que la santé (comme l’éducation)(et tout en fait aha) devrait sortir de ces notions d’argent …

    • Répondre Cécile 30 novembre 2018 à 17 h 00 min

      Oui, le Canada est loin d’être uniforme et d’offrir une égalité à tout le monde…
      Grave, il y a des trucs qui devraient être financés par les gouvernements à 100 % !

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